Première page | <<< | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | >>> | Dernière page
Gérardmer - Le Palmarès !

GRAND PRIX

L'Orphelinat, de Juan Antonio Bayona



PRIX DU JURY ex-aequo

Teeth, de Mitchell Lichtenstein et REC, de Jaume Balaguero et Paco Plaza



PRIX DU PUBLIC

REC



PRIX DE LA CRITIQUE

Diary of the Dead, de George Romero



PRIX DU JURY JEUNES DE LA RÉGION LORRAINE

REC



PRIX DU JURY SCI-FI

L'Orphelinat



GRAND PRIX DU COURT MÉTRAGE

Dans leur peau, de Arnaud Malherbe



PRIX DU MEILLEUR INÉDIT VIDÉO

Détour Mortel 2, de Joe Lynch


Le jury courts-métrages et le vainqueur du Prix, Arnaud Malherbe

Jaume Balaguero et Paco Plaza reçoivent leur Prix du public

Juan Antonio Bayona, grand vainqueur du festival


Le trio horrifique espagnol !

 
Gérardmer 5e jour

Où l’on annonce le palmarès dans la joie et la bonne humeur

Ce dimanche, la quinzième édition du festival Fantastic’Arts se terminait par un grand soleil et un froid hivernal ; bien emmitouflés dans leurs doudounes, les festivaliers se rendaient pour la dernière fois dans les salles de projection, se bousculant au portillon pour ne surtout pas rater les ultimes séances. Parmi le public comme parmi la presse, les pronostics allaient bon train sur le futur palmarès : gagnera, gagnera pas ? On lançait les paris avec billets sur la table et sourires aux lèvres. On tentait de deviner les résultats sur le visage rougeaud de Stuart Gordon, qui décidément restait muet comme une tombe. On scrutait durant des heures les couloirs du Grand Hôtel pour repérer les cinéastes restés sur place, preuve certaine de leur couronnement. En vain.

En attendant, on pouvait assister ce matin à la projection du dernier film de la compétition : Rogue, second long-métrage d’un étonnant australien nommé Greg McLean, déjà responsable de Wolf Creek. Malgré l’absence du réalisateur, resté au chaud dans son île-continent pour cause de trop grande distance (vingt heures d’avion, ça vous découragerait les plus téméraires des voyageurs), le public répondait présent pour cette histoire de crocodile géant mangeur d’hommes. Et quand les hommes en question s’appellent Michael Vartan, connu surtout pour son rôle récurrent dans Alias, on peut être sûr que toutes les filles se précipitent dans les salles. Heureusement, en contrepartie, les garçons pouvaient profiter de la présence de la ravissante Radha Mitchell, l’héroïne de Pitch Black, décidément amatrice des lieux hostiles et des créatures cannibales.

19h00 : l’heure de la cérémonie de clôture. Sur scène, les différents jurys se succédaient pour décerner les prix, jusqu’à l’arrivée du Jury longs-métrages. Son président, Stuart Gordon, prononçait un discours très amusant parsemé de petites phrases sympathiques destinées à chacun de ses congénères. On repensait alors à l’audace particulière des organisateurs du festival pour cette année 2008 : inviter une belle brochette de réalisateurs prestigieux de films de genre, c’était aussi prendre le risque que les avis se chevauchent et finissent par se piétiner – comme le rappelait avec humour un Gordon très en forme, visiblement requinqué par ses pas de danse de la veille. Mais rien de tel ici : malgré une superposition de talents incroyables, malgré une accumulation de grands noms du fantastique, ce jury s’avérait finalement d’une homogénéité sans failles. Seule Kristanna Loken semblait peiner à trouver sa place parmi ces messieurs, tous metteurs en scène ; mais sa seule présence suffisait à rendre glamour un jury presque exclusivement masculin.

Après l’annonce d’un palmarès sans véritables surprises (voir tous les résultats dans la page suivante du blog) mais d’une grande cohérence, et le débarquement successif sur la scène des moult vainqueurs, la cérémonie se clôturait par la projection d’un film très attendu des festivaliers : Mother of Tears, ultime opus d’une trilogie des sorcières débutée par Dario Argento en 1975 avec Suspiria. Le célèbre maître transalpin fut d’ailleurs invité par les organisateurs à venir rejoindre un jury déjà très riche – c’est ce qu’on apprend lors de la brève présentation du film – mais d’autres occupations l’empêchèrent de venir dans les montagnes vosgiennes. Et dans un sens, c’était tant mieux : il évitait ainsi de subir les railleries d’un public visiblement plus amusé qu’effrayé par le film...

On quittera donc ce festival et la ville de Gérardmer avec beaucoup de bons souvenirs, mais également avec un grand regret : ne pas avoir pu goûter ce fameux Mont d’or, le plat le plus célèbre de la région. Alors, ne serait-ce que pour réparer cette erreur, rendez-vous en 2009 pour la seizième édition de Fantastic’Arts !

Textes : Eric Nuevo

Photos : Mireille Ampilhac

Julien Maury et Alexandre Bustillo, réalisateurs de A l'intérieur

 

Jaume Balaguero et Paco Plaza

 

 
Le Monstre du Vendredi

A la suite des organisateurs du festival, nous rendons hommage à notre façon à ce grand monsieur qu’est Takashi Shimizu. Non seulement l’idée d’incarner le Monstre du jour ne lui fait pas peur, mais il gagne aisément la palme de la grimace la plus effrayante ! Takashi Shimizu a choisi d’être L’Homme Invisible, de son propre avis pour épier les jeunes femmes dans les douches. Que les mâles qui n’y ont jamais pensé lui jettent la première pierre !








Le Fantastiqu’estionnaire !

AlloCiné : Avez-vous un film d’horreur favori ?

Takashi Shimizu : Personnellement, je n’aime pas beaucoup les films seulement gores ou violents, trop caricaturaux dans leur genre. L’un des films qui m’a sans doute le plus marqué, c’est Shining.

Vous souvenez-vous du premier film de genre que vous ayez vu ?

En fait, il y a eu deux phases : la première, c’est quand je suis tombé par hasard en pleine nuit sur un film d’horreur à la télévision et cela m’a un peu traumatisé. Du coup j’ai complètement arrêté d’en regarder ! Et quand je m’y suis remis de façon volontaire, c’est un ami qui m’a montré le deuxième Vendredi 13, dont le producteur est dans le jury [Sean Cunningham].

De quoi avez-vous peur dans la vraie vie ?

Ma femme ! (rires)

(Propos recueillis par Eric Nuevo et traduits par Léa Le Dimna, le 24 janvier 2008)

 
Gérardmer 4e jour

Où les quinzièmes anniversaires se marquent d’une pierre blanche

La grande migration des festivaliers du week-end commençait dès vendredi soir, prenant ce samedi une ampleur impressionnante : les files d’attente s’allongent franchement devant les salles de projection et il devient impossible de squatter les sièges alentours pour poser sacs et manteaux. Des têtes de plus en plus grandes, dans les rangs de devant, s’intercalent entre nous et les sous-titres. Pas grave, puisqu’un bon journaliste comprend couramment l’anglais, l’espagnol, et bien entendu le coréen. C’est connu, non?

Bref, ce week-end, les salles font le plein, et cela dès la projection du matin. Il faut dire que la séance était exceptionnelle : le dernier film de George Romero, présenté en compétition. Au programme de Diary of the Dead, cinquième épisode d’une saga débutée en 1968 avec La nuit des morts-vivants : du zombie, encore du zombie, et un cinéaste en herbe qui pour son projet de fin d’études emmène ses amis tourner des séquences horrifiques au cœur d’une forêt obscure. Quelle idée d’aller filmer dans les bois la nuit ! Sans doute espéraient-ils y trouver les champignons hallucinogènes de Shrooms, présenté ces jours-ci hors compétition ? Raté, ils n’y rencontrent que de féroces zombies bien décidés à se répandre sur le monde. Et qui n’ont visiblement rien mangé depuis longtemps.

Takashi Shimizu, lui, préfère les feux de la rampe aux forêts sombres. Cette quinzième édition de Fantastic’Arts rendait hommage à ce petit bonhomme affable, metteur en scène à succès des Grudge successifs, versions japonaises et hollywoodiennes confondues. Après un éloge des autres "maîtres du genre", membres du Jury, prononcé par un Jake West surexcité, Shimizu lui-même prenait la parole un peu en français puis en anglais, et beaucoup enfin dans sa langue natale. Devant une salle aux anges, il finissait son discours par interpréter le râlement bien connu des fans de The Grudge ; et l’on commence férocement à penser que Shimizu devrait aussi réaliser des comédies, tant le génie de l’horreur s’avère être drôle et juste. Quant au trophée, s’il ressemble à s’y méprendre à une coupe en verre, nul doute sur son usage : il pourra servir à goûter nos merveilleux vins français !

Après ce joli hommage, la soirée continuait par la projection du troisième long-métrage espagnol de la compétition, L’orphelinat, clôturant ainsi un véritable tsunami ibérique. Ce premier film du réalisateur Juan Antonio Bayona puise abondamment dans les motifs et figures du cinéma espagnol, ressassant les codes narratifs de ses aînés et particulièrement de Guillermo del Toro, producteur du film, et dont L'échine du diable fut sans doute une forte inspiration pour le jeune cinéaste. Normal : Bayona est copain avec la plupart des réalisateurs espagnols du moment, Jaume Balaguero et Paco Plaza en tête. Pas de secrets, donc ; mais de vraies frayeurs dans le public. Et à l’écran, ce sont encore des enfants qui tiennent le haut du pavé.

Qui dit quinzième anniversaire dit soirée de circonstance ! C’est donc à la patinoire que l’on se retrouvait pour un buffet avec ambiance musicale de rigueur, où se croisaient les têtes importantes du festival. On passait ainsi à côté de Ruggero Deodato, on goûtait les canapés non loin de Neil Marshall et de sa femme, et, entre les jus de fruits et la fontaine de chocolat, on pouvait apercevoir, qui se déhanchait sur la piste de danse, un Stuart Gordon en grande forme. Preuve s’il en est que le cinéma gore, ça conserve !




Hommage à Takashi Shimizu

Le Jury courts-métrages : Catherine Jacob, Aurélien Wiik, Emilie Loizeau, Harry Roselmack, Clément Sibony



Gonzalo Lopez-Gallego (Le Roi de la montagne)

 
Le Monstre du Vendredi

Ruggero Deodato, maître transalpin du film de cannibales et membre du Jury longs-métrages, a accepté de répondre à nos trois questions piège et s’est prêté avec délice au jeu du Monstre du jour. Mais comme Deodato est un homme gentil, il a choisi de s’identifier à E.T. l’extraterrestre. Peut-être parce qu’il a envie de rentrer plus tôt à sa "maison" ?

 

Le Fantastiqu’estionnaire !

AlloCiné : Avez-vous un film d’horreur favori ?

Ruggero Deodato : Rosemary’s Baby, un film qui à l’époque m’a profondément marqué. Et plus ancien : Deux mains, la nuit de Robert Siodmak.

Vous souvenez-vous du premier film de genre que vous ayez vu ?

Psychose, mon premier grand souvenir.

De quoi avez-vous peur dans la vraie vie ?

Je suis claustrophobe et j’ai peur des araignées !

(Propos recueillis par Eric Nuevo le 25 janvier 2008)

 
Gérardmer 3e jour

Où l’on se rend compte que quarante ans après Psychose, les douches sont toujours des endroits dangereux

Au pays du fantastique, les enfants jouent dans la cour des grands. A l’âge où les gamins normaux se contentent de taquiner le ballon et de rentrer chez eux à l’heure prescrite, ceux qui tiennent la vedette des films d’horreur s’amusent à titiller l’adrénaline des adultes. L’innocente pureté des bambins en prend un sacré coup. Qui a pu oublier le Damien satanique de La Malédiction ou les frères et sœurs troublants des Innocents ? En faisant la part belle aux enfants démoniaques, possédés ou simplement machiavéliques, la quinzième édition du festival nous prouve, une fois n’est pas coutume, qu’engendrer des mômes n’assurent en rien de leur amour éternel. Rosemary’s Baby avait déjà refroidi de nombreux parents volontaires ; mais après les visions successives du classique espagnol Les révoltés de l’an 2000, projeté dans le cadre de la rétrospective ibérique, et du film en compétition de George Ratliff, Joshua, présenté ce vendredi, vous n’aurez plus jamais envie de procréer.

A l’image de l’enfant sage qui se métamorphose en figure de la terreur, le fantastique cinématographique est insidieux. Il se cache sous les apparats de la réalité la plus banale pour mieux nous sauter au visage, circulant dans les rides instables du quotidien, et prenant tout doucement le pouvoir sur le réel. Les personnages de The Broken, second long-métrage de l’Anglais Sean Ellis, vous en diront des nouvelles : des miroirs a priori normaux se transforment en véritables écrans démoniaques et, en manière d’hommage hitchcockien, les salles de bain redeviennent des théâtres de sang. On évitera donc soigneusement de prendre sa douche pendant plusieurs jours...

Nul besoin, pour faire surgir le fantastique et l’horreur, de ces effets spéciaux que Ruggero Deodato redoute tant, parce qu’ils gâchent un cinéma qui fonctionnait très bien sans eux. Fidèle défenseur d’une horreur réaliste, proche du quotidien, le célèbre maître transalpin n’hésite pas à crier sus aux créatures numériques ! Rien de tel que la bonne vieille marionnette actionnée à la main, image par image, bien plus effrayante que tous les pixels du monde. On apprend aussi, au passage, que ce génie de l’horreur malsaine et cracra, metteur en scène d’un Cannibal Holocaust qui traumatisa plus d’un spectateur téméraire, n’aime pas tellement le sang qui tache ; il lui préférera une bonne terreur viscérale, le maquillage aidant.

Croisant Jess Franco dans les coulisses de l’Espace Lac, on file poser quelques questions à ce prolifique espagnol, qui malgré son âge avancé ne refuse jamais de tailler une bavette cinématographique. Responsable d’une liste impressionnante de films fantastiques, horrifiques et érotiques, Franco connaît tous les trucs de la peur filmique, et il nous en fait part dans un français bien sonné. "Le cinéma est en train de mourir, affirme-t-il, car les écrans de télévision sont si grands, et l’image si belle, que les spectateurs n’ont plus de raisons de se déplacer en salles". Mais ce boulimique de cinéma, refusant d’acquiescer à son propre constat, se rend encore régulièrement dans les salles. Et tant pis pour la théorie, tant qu’il y a le plaisir !

Jess Franco, d’ailleurs, n’est pas grand fan du trop-plein actuel d’effets spéciaux numériques. Heureusement, pas de ça dans l’un des films les plus attendus du festival, REC, tourné caméra à l'épaule, dont la bande-annonce était déjà un spectacle en soi : on n'y voyait quasiment aucune image, seulement les réactions (épidermiques) des spectateurs. En début de séance, Jaume Balaguero et Paco Plaza, les deux réalisateurs, viennent promettre à leur public une vraie et honnête frayeur. Et comme dans les antiques jeux du Cirque, le public en redemande ! Durant les séquences les plus tendues, on n’entendrait pas même un zombie marcher ; quand, enfin, les lumières se rallument, les mains crispées peinent à se défaire des accoudoirs.

Moralité : une bonne journée géromoise est une journée qui se clôt par une grosse frayeur, quitte à devoir ensuite consulter un psychiatre toute sa vie.

L'équipe complète du film Frontières

Samuel Le Bihan

Aurélien Wiik

Maud Forget

 
Le Monstre du Jeudi

Dans cette petite rubrique, vous pourrez chaque jour retrouver notre "monstre" de la journée, parmi les personnalités du festival. Après s’être identifié à une créature célèbre, la victime nous révèle ses premiers émois horrifiques de cinéma. Aujourd’hui, c’est le président du Jury, Stuart Gordon qui a accepté de se prêter au jeu.

Stuart Gordon a choisi d'etre un Loup Garou ! 

 

 

Le Fantastiqu’estionnaire !

AlloCiné : Avez-vous un film d’horreur favori ?

Stuart Gordon : Sans hésiter, je dirais Psychose. Il est difficile d’imaginer à quel point le film fut choquant à l’époque, en 1960, et encore aujourd’hui c’est quelque chose qu’on n’ose plus faire… Assassiner son actrice principale après trente-cinq minutes de métrage, et proposer au public de s’identifier au tueur, c’était très audacieux !

Vous souvenez-vous du premier film de genre que vous ayez vu ?

Oui, j’avais 10 ans et c’était Deux nigauds contre le Docteur Jekyll et M. Hyde ! Mes parents ne me laissaient pas regarder de films d’horreur, alors avec celui-ci, ils ne se méfiaient pas ! C’est un film qui mixe la comédie et la frayeur. J’ai eu peur pendant cinq ans après ça !

De quoi avez-vous peur dans la vraie vie ?

D’à peu près tout !

(Propos recueillis par Eric Nuevo le 24 janvier 2008)

 
Gérardmer 2e jour

Où les festivaliers font des rencontres pas catholiques aux abords des cinémas

Fantastic’Arts, c’est d’abord une ambiance : la grand messe française du fantastique attire les amateurs de tous poils, fans de gore et habitués des fantômes hurlants, aficionados des motels mal fréquentés ou adeptes de la survie en forêt. Du coup, on vérifie toujours les sièges de la salle avant de s’asseoir pour une projection et l’on ne manque pas de scruter derrière son épaule à la nuit tombée, pour s’assurer que personne n’a envie de réitérer en miniature les exploits aperçus sur grand écran.

L’ambiance se mesure d’abord dans les salles, avec un public à fleur de peau et hyperréactif, toujours à l’affût des futurs chefs-d’œuvre du genre – ceux dont on parlera encore dans cinquante ans – ou des nanars qui feront le bonheur des soirées entre amis. C’est précisément à l’aune des réactions des spectateurs que l’on peut juger de l’accueil d’un film, selon que dans la salle fusent les rires ou les cris. Aujourd’hui, on aura certes entendu un peu des deux ; mais devant un bon film d’horreur, les rires, un peu nerveux, ne sont pas toujours des marques de joie.

La programmation du jour proposait un panel assez large, représentatif à souhait de la diversité du cinéma de genre. On pouvait donc, au choix, respirer l’air vicié d’un hôpital sud-coréen durant la Seconde guerre mondiale, forcément fréquenté par des spectres en demande d’attention, dans Epitaph des frères Jung ; assister à la métamorphose très spéciale d’une adolescente américaine en véritable femme, à travers l’apprentissage d’une sexualité "mordante" (Teeth, de Mitchell Lichtenstein) ; ou encore, pour ceux qui préfèrent le grand air, opter pour une ballade dans les montagnes espagnoles aux côtés de deux inconnus, devenus en un tour de main la cible de snipers invisibles, avec Le roi de la montagne de Gonzalo Lopez-Gallego. L’Espagne tient d’ailleurs une bonne place dans cette quinzième édition du festival, puisqu’en parallèle de la compétition, une rétrospective permet de voir et revoir certains des meilleurs élèves hispaniques du genre. Il ne manque plus que les bons petits plats ibériques pour faire de nous des gens heureux.

Mais le spectacle est aussi ailleurs. Dans les salons classieux du Grand Hôtel, par exemple, où l’on rencontre l’impressionnant Stuart Gordon en pleine forme, fier comme un pinson de prendre part à l’événement fantastique de l’année. Une fois confortablement installé sur les canapés, cet homme affable, derrière lequel se cache l’un des grands parrains du cinéma horrifique, accepte même de lâcher ses premières impressions : à l’opposé de son propre style plutôt classique, Gordon sait apprécier les aléas du filmage caméra à l’épaule qui marque la nouvelle génération du film d’horreur, comme on pourra le voir durant le festival avec au moins trois longs-métrages (dont Cloverfield). Il évoque également une "renaissance" du cinéma de genre, qui décidément se porte bien – lui-même vient d’ailleurs de réaliser Stuck, présenté en marge du festival. Si c’est Stuart Gordon qui le dit, on veut bien le croire.

L’ambiance se poursuivait enfin jusqu’au bout de la nuit. Il suffisait de voir l’accueil réservé, en fin de soirée, à toute l’équipe du film Frontières – présenté hors compétition – pour s’en convaincre. Ovationnés par un public en délire et au summum de l’excitation après une journée bien remplie de meurtres en tous genres, Xavier Gens, le réalisateur, et une partie des comédiens du film (parmi lesquels Samuel Le Bihan et Karina Testa), ont fait un rappel fracassant après la projection, histoire de prendre la température. Malgré un début plutôt sympa, le débat est rapidement devenu houleux entre amateurs et détracteurs du film. A croire que certains souhaitaient transformer la salle de l’Espace Lac en sanglante charcuterie pour mieux coller à l’esprit cracra de ce Frontières sans limites.

Désireux de rentrer dans ses pénates, on s’apprête à monter dans l’une des voitures fournies par le festival lorsque, de l’une d’elles, descend la belle Kristanna Loken, à la recherche de la salle convenue pour une nuit "science-fiction". On repense alors à sa prestation robotisée de Terminator 3 et, tout en reprenant le chemin de l’hôtel, on se dit qu’on aurait bien aimé être John Connor juste une fois…

 
Gérardmer 2008 – 1er jour

Où les festivaliers applaudissent les membres d’un jury bien choisi

Comme chaque année à la même période, la paisible station de ski vosgienne de Gérardmer se transforme en maison de l’horreur, pour le plus grand plaisir des amateurs du genre. Non, il ne s’agit pas juste d’un Halloween campagnard durant lequel les villageois se métamorphoseraient en créatures démoniaques assoiffées de sang. C’est tout simplement là que se tient, depuis maintenant quinze ans, le festival de cinéma fantastique Fantastic’Arts, qui réunit dans peu d’espace une jolie brochette de maîtres de l’horreur, jeunes pousses et vieux routiers du genre confondus. L’espace de quelques jours, la neige des pistes laisse donc place aux coulées rougeâtres d’un sang en celluloïd. Bien sûr, ça n’est que du cinéma.

Malgré une qualité en dents de scie, la sélection filmique a su se renouveler avec efficacité à mesure des années, et rameuter toujours plus de fans du gore qui tache. Déjà, l’année 2007 avait marqué le retour de Fantastic’Arts sur le devant de la scène festivalière française, avec une compétition qui se démarquait par ses choix audacieux. Au détour des quatre salles de projection, on y croisait avec délice des productions venues de tous les pays du monde, entre horreur au premier degré et comédies grinçantes à souhaits.

Plus resserré géographiquement, le cru 2008 n’en promettait pas moins quelques sensations fortes. Le thème de l’année était déjà tout un programme : "Les métamorphoses du réel" avec, à la clé, une rétrospective des meilleurs films sur le sujet, de La Féline à La Mouche. Il était clair désormais que Fantastic’Arts, festival éminemment sympathique mais sans ampleur, chercherait cette année à se métamorphoser définitivement en grand rendez-vous du cinéma fantastique.

A commencer par la (brève) cérémonie d’ouverture où se pressaient les membres très attendus du Jury longs-métrages, réunis sous la dénomination de "Maîtres du genre". Présidés par un Stuart Gordon à la mesure de sa réputation, pape de l’horreur à petit budget et grand cinéphile dans l’absolu, les jurés affichaient avec gourmandise leurs noms prestigieux : Sean S. Cunningham, réalisateur du premier (et culte) Vendredi 13 et producteur habitué des séries B ; Ruggero Deodato, connu pour ses bucoliques pellicules cannibales (Cannibal Holocaust, entre autres festins morbides) ; Jess Franco, prolifique auteur de films Bis espagnols aux titres savoureux ; Juraj Herz, réalisateur et scénariste tchèque ; Kristanna Loken, qui incarnait la méchante robotisée de Terminator 3 ; l’anglais Neil Marshall, qu’on ne présente plus à ceux qui se sont mordus les ongles devant son oppressant The Descent ; Takashi Shimizu, célébrissime metteur en scène des deux The Grudge (ainsi que de leurs remakes américaine) ; Jake West, réalisateur débarqué du Royaume-Uni et qui ressemble à s’y méprendre à un membre des Sex Pistols ; enfin, Nicolas Winding Refn, qui en a calmé plus d’un avec sa trilogie Pusher, preuve en images que le cinéma danois existe bel et bien.

Premier caviar d’une sélection riche en mets goûteux, le mystérieux Cloverfield était présenté en séance d’ouverture. Pour ceux qui ont passé ces six derniers mois dans un igloo, rappelons que ce Cloverfield est le film qui a créé le plus gros buzz sur la Toile depuis, en gros, Le projet Blair Witch. Les points communs entre les deux films ne s’arrêtent d’ailleurs pas là : scénario qui va droit au but, filmage caméra à l’épaule, esthétique proche du documentaire ou du jeu vidéo en vue subjective, empathie totale avec les protagonistes… A ceci près que Matt Reeves, réalisateur du film, a complètement assimilé l’esthétique du Projet Blair Witch et parvient à en faire quelque chose de plus efficace et de plus profond. L’effet est saisissant. Long-métrage proclamé "le plus attendu du début d’année 2008", Cloverfield a profité de la notoriété de son producteur J.J. Abrams, connu pour sa série choc Alias et pour le surprenant Mission Impossible 3, et qui a piloté le projet de part en part comme autrefois un Roger Corman ou un Steven Spielberg lorsqu’ils produisaient les films de leurs élèves. Ce qui fait de ce film de monstres "vu de l’intérieur" la production la plus excitante de ces dernières années. Le résultat est-il à la hauteur des attentes ? Il suffisait, ce mercredi soir, de voir les réactions du public géromois pour se convaincre que, sans doute, le simulacre fonctionne à plein.

Ce mercredi soir, on rejoint nos chambres avec la peur de voir débarquer, à tout moment, un monstre sanguinaire et démesuré écrasant les immeubles sur son passage comme des fétus de paille. Cloverfield aussi ce n’est que du cinéma, mais on prend bien soin de se le répéter plusieurs fois pour s’en convaincre avant d’éteindre la lumière…

Eric Nuevo

Le Jury au complet

Stuart Gordon, président du Jury

 

 
Gérardmer 2008, du 23 au 27 janvier

LA SELECTION 2008

 
Première page | <<< | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | >>> | Dernière page